Les musulmans en général et les Saoudiens en particulier racistes? Non, JAMAIS!

 

Dès l’arrivée à l’aéroport de Riyad, tout n’est que discrimination et humiliation pour les non-Saoudiens, s’insurge cet éditorialiste.


Dessin de Beppe Giacobbe, Italie.

Dans la plupart des pays, les nationaux ont prééminence sur les étrangers. Cela est tout à fait légitime tant que les droits réservés aux premiers ne sont pas une insulte faite aux seconds. Or c’est précisément ce qui se passe en Arabie Saoudite, pays qui est censé être le berceau du message [religieux] faisant de la piété l’unique critère de préséance entre les personnes.

Dès qu’on arrive à l’aéroport de Riyad, on est traité en fonction de sa nationalité. Si vous êtes saoudien, vous êtes traité en membre de la famille. Muni d’un passeport saoudien, vous pouvez entrer dans n’importe quelle administration en conquérant, rencontrer le responsable que vous voulez, et même vous plaindre auprès de lui. Avec ce sésame vous pouvez circuler librement sur le territoire sans en référer à votre kafil [la personne, obligatoirement saoudienne, auprès de laquelle un étranger doit s’enregistrer]. Vous n’avez pas besoin d’un seigneur qui a le droit de vous dire ce qu’il faut manger, ce qu’il faut boire, où il faut aller et qui vous avez le droit d’appeler au téléphone. Vous avez même droit à un sourire de la part du soldat qui sait à peine lire et écrire et du chauffeur de taxi qui n’aura jamais de mal à faire porter la responsabilité d’un accident à un étranger.

“Etranger, étranger !” lance un Saoudien à l’aéroport, s’agitant face à un homme qui s’est retrouvé par mégarde parmi des Saoudiens. Puis de lui enjoindre sans ménagement de se mettre dans la queue des étrangers, qui s’étend jusqu’à la frontière de l’Inde. “Tu es étranger et tu oses venir ici ? Reviens avec ton kafil !” C’est ce que j’ai entendu dire à un homme devant moi. Devant la justice, même un musulman, s’il est étranger, n’a pas le droit de témoigner. Il faut, là encore, être saoudien. Comme si le bon Dieu ne pouvait entendre que la voix des Saoudiens. J’ai vécu pendant seize ans en Grande-Bretagne et je ne me rappelle pas que quelqu’un m’y ait jamais demandé ma nationalité. Sauf peut-être au moment d’ouvrir un compte en banque. Depuis huit mois je vis à Dubaï, et personne ne me demande jamais ma carte d’identité. Or, lors d’un seul et unique voyage en Arabie Saoudite, voyage qui n’a pas duré plus de six jours, j’ai dû montrer ma carte d’identité à plus de sept reprises.

Le regard que la société saoudienne porte sur tout ce qui est étranger devient de plus en plus extrémiste. Peut-être cela s’explique-t-il par la situation économique, le chômage, ainsi que par des raisons liées à l’éducation et aux us saoudiens. Pourtant, les étrangers ont largement contribué à construire ce pays, non pas à le détruire. Les médias nationaux ont leur part dans cette dérive, car ils dépeignent souvent les étrangers comme la source de tous les problèmes. Les étrangers lorgneraient sur les richesses du pays et constitueraient une source d’insécurité. Les journaux soulignent chaque incident impliquant un étranger, alors qu’ils passent sous silence ceux qui impliquent des Saoudiens.

Quand Djeddah a connu de graves inondations, en 2009, un homme s’est noyé après avoir sauvé quatre Saoudiens des flots. C’était un Pakistanais. Pourquoi les médias présentent-ils donc les étrangers comme l’incarnation du mal ? On se trompe en voyant dans l’autre une menace pour l’identité du pays et un être avide de ses richesses. Comment peut-on croire que le monde entier est pauvre et qu’il n’y a que les Saoudiens qui sont riches ? Traiter l’autre en faisant abstraction de son identité et de son niveau de vie est une règle de la vie en société. Le patriotisme est quelque chose de positif, mais quand il est excessif il risque de produire une génération de racistes. Si les choses devaient continuer d’évoluer dans le même sens, sans qu’une campagne de sensibilisation n’en corrige les excès, on risque de se retrouver d’ici peu avec des bandes de néonazis portant passeport saoudien.

http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/28/tu-es-etranger-et-tu-oses-venir-ici

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